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Amiante dans l’eau potable, la norme au Québec!

On sait que l’eau est source de vie, mais peut-elle aussi être une source de fibre d’amiante? L’amiante est un minéral fibreux qui a été largement utilisé par le passé pour ses nombreuses utilisations, notamment dans le bâtiment. Le Québec occupait d’ailleurs autrefois une place de choix dans l’extraction/exportation d’amiante chrysotile. Bien que l’encadrement de l’amiante fasse l’objet aujourd’hui d’un encadrement relativement strict, il n’existe pas au Québec de norme sur la présence d’amiante dans l’eau potable. Cette situation commence d’ailleurs à soulever l’intérêt dans le public depuis le printemps.

En effet, l’amiante peut se retrouver dans l’eau que l’on consomme. Il en existe bien sûr de façon naturelle dans le sous-sol québécois, mais c’est surtout l’apport des canalisations en fibrociment qui inquiète. La dégradation de ces canalisations avec le temps peut relâcher des fibres dans le système de distribution d’eau potable et être consommée par l’Homme.

Risques pour la santé

Les effets de l’exposition à l’amiante inhalée sont très bien connus. Cancer du poumon, mésothéliome, asbestose, l’amiante demeure la cause de décès professionnel la plus fréquente chez nous. Toutefois, les effets de l’ingestion d’amiante, plutôt que l’inhalation, restent mal connus. On sait que dans certains cas que l’on pourrait qualifier d’extrêmes, l’amiante ingéré est lié à une incidence de cancers gastro-intestinaux plus élevés. Le lien épidémiologique reste à confirmer, mais on se doute donc qu’une ingestion continue de fibres pourrait causer une augmentation de ces cancers (ex. : de l’estomac, rectal, de la rate, du colon, du pancréas, etc.).

L’agence américaine de protection de l’environnement possède, comme quelques autres pays dans le monde, une norme sur la présence de fibres dans l’eau potable. C’est de cette limite fixée à 7 millions de fibres par litre d’eau que le Québec pourrait s’inspirer selon toute vraisemblance.

Cela peut sembler énorme, mais il faut se rappeler que ces fibres sont extrêmement fines et que l’érosion des canalisations sépare les faisceaux de fibres d’amiantes que l’on observe habituellement au microscope optique en fibrilles extrêmement fines de l’ordre d’une vingtaine de nanomètres de côté (0.00002 mm). L’utilisation d’un microscope à transmission d’électron est donc nécessaire pour cette analyse.

Norme au Québec

Pour se donner une échelle de comparaison avec la norme sur les fibres respirables (1 fibre/ml pour le chrysotile), on doit d’abord se rapporter sur le même volume.

Norme de l’eau
 7 millions de fibres/litre = 7000 fibres/ml d’eau
Norme de l’air
1 fibre/ml d’air

Ensuite, une « fibre respirable », ou plutôt « faisceau de fibres respirable », fait par définition jusqu’à 3 µm de largeur soit 0.003 mm. Si l’on considère, une fibre unique d’amiante mesure 0.02 µm (0.00002mm), chaque faisceau de fibres respirable contiendrait en réalité 60 000 fibres uniques parfaitement entassées les unes sur les autres.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est image-4.png.
Norme de l’eau
7 000 fibres /ml d’eau = Environ 0.00012 faisceau de fibres/ml
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est image-5.png.
Norme de l’air 
1 fibre/ml d’air

Cette comparaison est fortement biaisée par le fait que nous avons choisi les plus gros faisceaux de fibres respirables permis par la définition et les plus petites fibrilles décrites, mais ça démontre tout de même que la norme ne soit pas si permissive qu’il n’y paraît et pourrait s’insérer logiquement dans une réglementation ayant pour but de diminuer l’exposition de la population aux fibres d’amiante. Bref, vivement un resserrement du contrôle sur l’eau que l’on consomme, pour la santé et la sécurité des Québécois(es)!

LAB’EAU-AIR-SOl offre une formation sur gestion sécuritaire de l’amiante

À propos de notre expert

Christian Lebeau-Jacob, Microbiologiste

Directeur et microbiologiste chez LAB’EAU-AIR-SOL depuis plus de sept ans, Christian possède une maîtrise en microbiologie de l’Université de Sherbrooke et un baccalauréat en science de la biologie médicale. Son implication auprès de l’Association des microbiologistes du Québec, à titre de président, ainsi plusieurs autres groupes d’experts font de lui un professionnel reconnu et à l’affût des avancées dans son domaine. Il est spécialisé en bactériologie, identification de moisissure et amiante ainsi qu’en détection de légionnelle.

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